Expérimentation animale

Notre constat :

Aujourd'hui, l'expérimentation animale intervient dans cinq cas de figure (statistiques officielles 2023) :

  • la recherche fondamentale (30,7 %)
  • la recherche translationnelle ou appliquée (19,1 %)
  • les tests réglementaires de produits chimiques (22 %)
  • l'élevage et les espèces altérées liées (24 %)
  • la protection de l'environnement et la préservation des espèces (2,5 %).

Les principaux animaux concernés sont les rongeurs (85,5 %, dont 67,8% de souris, 8,7% de lapins, 7,1% de rats et 1,9% de cochons d'inde et autres), les poissons (8 %) et les oiseaux (4,5 %).

Ce tropisme pour les rongeurs, tout particulièrement dans le cadre des tests réglementaires et toxicologiques, interroge sérieusement sur le bien fondé de la méthode :

  • les rongeurs sont bien plus résistants que nous aux risques cancérogènes, neurotoxiques et aux perturbateurs endocriniens ;
  • ces tolérances accrues varient d'une variété de rongeur à une autre, ce qui permet à des industriels de choisir d'expérimenter leurs produits sur les espèces qui leur permettront de modifier le moins possible la composition de leurs produits, quel que soit le risque pour la santé humaine ;
  • plus généralement, aucune espèce animale ne peut constituer un modèle biologique pour une autre, et, en ce qui nous concerne, l'être humain. Les exemples ne manquent pas, y compris dans la vie quotidienne (ciguë et autres plantes, champignons vénéneux, molécules…).

Face à ces écueils et à l'opinion publique majoritairement opposée à l'expérimentation animale, le droit européen a institué le principe des 3 R (Remplacer, Réduire, Raffiner). Or ce principe est suivi avec laxisme par l'industrie pharmaceutique, alors que les alternatives au modèle animal se multiplient et gagnent chaque fois en fiabilité :

  • la plus ancienne est la toxicogénomique (et l'ensemble des méthodes Omic), basée sur l'étude de cellules humaines en culture. Elle s'avère efficace sur les risques cancérogènes, endocriniens, neurotoxiques et reprotoxiques.
  • les méthodes in vitro se sont fortement développées : organoïdes, tumeurs-sur-puce, thérapie cellulaire, intelligence organoïde, miniaturisation…
  • les modèles informatiques peuvent déboucher sur la bio-impression (3D et 4D) et leur avenir est voué à croître grâce à l'essor de l'intelligence artificielle.
  • certains constituants organiques, tels les œufs non fécondés, permettent aussi de tester des médicaments.

Notre direction :

  • Les tests réglementaires constituent le cas le plus incompris et le plus fragile d'expérimentation animale. C'est là que l'expérimentation animale peut être interdite le plus vite car les méthodes substitutives sont nombreuses, plus fiables, moins coûteuses et suffisamment étendues pour étudier une très large panoplie de risques toxiques.
  • Dans la recherche, les méthodes substitutives dont l'efficacité est déjà démontrée doivent être plus largement adoptées. Nous respecterons les avancées de la science et la requête légitime d'un haut niveau de fiabilité.
  • Aujourd'hui, il existe déjà des Comités d'éthique en expérimentation animale. La notion d'éthique dans un tel domaine constitue un long et passionnant débat ; toujours est-il que puisque ces instances existent, autant garantir leur utilité et leur efficience, aujourd'hui compromise.
  • Les dissections et expérimentation sur animaux en milieu scolaire doivent être limitées à ceux qui la croiseront dans leur parcours professionnel : la recherche. Dans tous les autres cas, ces opérations peuvent être supprimées.
  • Le respect de la règle des 3R nécessite un suivi assidu, surtout dans la mesure où le personnel compétent existe déjà.
  • Dans les cas où l'expérimentation animale demeure, et où la transition et plus lente, nous soutenons la généralisation de l'anesthésie pour limiter les souffrances.
  • Nous devons lutter sans relâche contre le trafic d'animaux à destination d'expérimentation animale.

Nous proposons de :


1. Remplacer rapidement, dans le domaine réglementaire, le modèle animal par les alternatives appropriées à chaque substance.

Dans de nombreux cas non-pharmaceutiques, comme les produits ménagers ou les composants d'emballages et d'ustensiles du quotidien, les méthodes Omic sont pertinentes. 

2. Rejeter les demandes d'extension d'élevages à destination de l'expérimentation animale.

Une extension a été accordée, à la demande du CNRS, de l'élevage de primates de Rousset (13), alors que les primates sont utilisés dans moins de 2 % des cas.

3. Réglementer la composition des Comités d'éthique en expérimentation animale (CEEA) afin de garantir leur indépendance.

L'indépendance doit être affirmée tant vis-à-vis des lobbyistes que des militants politiques.

4. Autoriser les Directions départementales des services vétérinaires (DDSV) à rendre visite aux laboratoires, ainsi qu'à l'ensemble des locaux concernés par les tests réglementaires en attendant le remplacement de cette dernière.

Aujourd'hui, les DDSV disposent d'un pouvoir de police judiciaire dans la sécurité alimentaire, la protection animale, l'élevage, la vente et l'exposition d'animaux.

5. Réprimander plus sévèrement les établissements dont le CEEA n'est pas agrémenté ou ne réalise pas l'audit annuel prévu par la loi.

Agir au moyen des DDSV.

6. Nouer un dialogue permanent avec les laboratoires pour garantir un respect à la lettre de la règle des 3R, et mener en confiance les transitions vers les modèles sans animaux.

Ce dialogue permettra à la fois de tenir compte de leurs préoccupations et d'analyser leur engagement à respecter la règle des 3R, et surtout à réagir lorsque la solidité des méthodes alternatives est démontrée.

7. Renforcer l'anesthésie préalable dans les autres cas. 

Puisqu'il sera long de mettre fin à l'expérimentation animale dans la recherche fondamentale, il convient de réduire la souffrance animale à chaque fois que cela est possible, notamment lorsque les données vitales ou sanitaires des cobayes sont suivies.

8. Appliquer à la ligne la loi sur la transparence des données, tout particulièrement la publication des statistiques et des Résumés non techniques (RNT) annuels.

Appliquer les sanctions prévues par la loi et renforcer le taux des contrôles.

9. Renforcer la traque et les sanctions contre les trafiquants d'animaux pourvoyeurs de laboratoires.

L'approvisionnement illicite a parfois concerné des centres travaillant avec les universités publiques !

10. Maximiser la présence des méthodes substitutives dans les établissements d'enseignement supérieur.

Dans le cas des applications où la transition vers les modèles sans animaux sont les plus longs, l'apprentissage pourra être fait depuis les établissements concernés, de sorte de ne plus importer d'animaux de laboratoire dans l'enceinte des locaux de l'enseignement supérieur. L'occasion de tenir directement compte des propositions précédentes.

11. Mettre fin à la dissection d'animaux (notamment amphibiens et rongeurs) dans l'enseignement secondaire.

D'autres stratégies éducatives sont à même de les remplacer.